Thierry Goemans est consultant et formateur indépendant en gestion des organisations; il dirige Adjuvamus et Formation-Compta-Tout-pour-Entreprendre.

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Tout ce que l’école n’apprendra jamais à un entrepreneur

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Le passage soudain de la vie d’étudiant à la vie en entreprise est un changement brutal. Chacun le vit à sa façon et il est difficile de s’y préparer. Le choc est sans doute encore plus violent pour ceux qui, choisissant la voie de l’indépendance, s’installent à leur compte ou créent une entreprise dès leurs études terminées. Voici ce qui change lorsqu’on passe du statut étudiant à la vie d'entrepreneur.

Ecole buissonnière interdite

S’il est possible à l’étudiant de sécher des cours sans forcément compromettre sa réussite scolaire, il n’en va pas de même pour l’indépendant ou le dirigeant de startup. Le jeune patron devra travailler assidument et régulièrement pour réussir à installer son business. Aucune jeune pousse ne réussit si son gestionnaire s’implique insuffisamment. Le dilettantisme est d’autant plus néfaste quand l’entrepreneur est aussi employeur : il se doit d’être exemplaire dans son engagement.

Parer à l’imprévu c'est la routine !

Rien à l’agenda pour ce samedi matin ? Vous aviez planifié une grasse matinée pour récupérer les heures de sommeil en retard accumulées au cours de la semaine ? Et une nuit sur le dancefloor pour oublier le stress ? En tant que dirigeant d’entreprise vous êtes soumis au « calendrier de la nécessité ». Ce qui signifie que vous n’irez peut-être pas dormir en sortant de boîte de nuit, si un évènement non programmé vous oblige à agir d’urgence pour arranger vos affaires.

Votre entreprise est une maîtresse exigeante

Finies les longues pauses pendant lesquelles les étudiants prennent du bon temps sur le campus, finies les périodes de vacances interminables et les mois de césure. L’entreprise, surtout en période d’amorçage est comme une femme amoureuse : elle ne vous lâchera jamais la grappe. Le jeune entrepreneur, occupé par le lancement de son produit et le suivi de son business plan doit s’attendre à renoncer à vivre comme ceux de ses camarades d’école qui, ayant choisi la voie du salariat, disposent de loisirs programmés et d’une relative insouciance, une fois les heures de bureau passées.

L’organisation séquentielle de vos objectifs devient impossible

Durant la scolarité, nous avons des objectifs périodiques précis : valider les examens correspondants aux séquences de cours reçus durant une année académique. Le programme et le planning réservent peu de surprises. En tant que chef d’entreprise, nous portons en permanence plusieurs casquettes. Notre rôle stratégique nous oblige à mettre en œuvre des talents très divers tout en gardant le fil rouge. L’entrepreneur doit réactualiser en permanence ses priorités, pour faire face aux événements d’exploitation les plus divers. Quand on préside aux destinées de sa propre entreprise, il n’est pas possible d’organiser à l’avance un planning en réservant simplement le temps nécessaire à l’étude de telle ou telle sujet ou matière. La difficulté majeure est de rester conscient des objectifs stratégiques, pour maintenir le bon cap, alors même que la vie de l’entreprise nous fait zapper en permanence entre des activités, donnant à nos journée un profil décousu. L’entrepreneur devra avoir la lucidité de faire toujours la part des choses entre l’urgent et l’important.

Il va y avoir des corvées

Les quelques cours de comptabilité que vous avez suivi ne suffiront pas à faire de vous un gestionnaire plein d’assurance. Si vous ne savez pas déchiffrer un bilan et un compte de résultat, vous aurez également des difficultés pour asseoir votre crédibilité dans le monde des affaires. De nombreux échecs entrepreneuriaux s’expliquent par des lacunes dans la gestion, plutôt que dans la faiblesse des ventes. Vous avez besoin de comprendre finement le cycle de l'argent. Achetez des livres (et lisez-les), fréquentez assidument des entrepreneurs reconnus pour leurs compétences de gestionnaires et formez-vous sérieusement à la comptabilité, la fiscalité et la gestion des organisations. Votre culture financière vous permettra d’abord de pérenniser vos affaires et d’être pris au sérieux, puis, on vous le souhaite, à optimiser la fiscalité de vos revenus.

Apprendre à manger son chapeau

Au temps où vous buviez des coups dans des bars après la fac, vous étiez libre de choisir vos amis et de tourner le dos à qui bon vous semblait, selon des critères parfois subjectifs. Seulement voilà, une fois arrivé le temps des responsabilités de jeune dirigeant, vous pouvez avoir besoin de tout le monde. Tel camarade bon vivant, du temps de l’école peut persévérer à s’insinuer dans votre vie, laquelle a bien changé, alors qu’il ne vous apporte plus rien d’autre que du temps perdu. A l’opposé, tel étudiant que vous avez snobé, dans le passé, peut être devenu un allié indispensable à votre succès entrepreneurial. En tant qu’entrepreneur tenant des objectifs dans un temps contraint, vous allez devoir faire des choix touchant à l’humain. Se mettre des gens à dos est désormais inenvisageable donc la diplomatie s’impose.

Politique et entreprise ne font pas bon ménage

Le charme de la jeunesse, c’est l’enthousiasme : vous aviez votre carte du parti et étiez de tous les meetings organisés par votre bord politique à l’attention des étudiants ? Super ! Une fois votre diplôme décroché, il vous faudra faire preuve de discernement dans vos engagements. La politique est un vecteur de segmentation et, comme au paragraphe précédent concernant les amis, vous avez besoin, pour la réussite de votre entreprise, de plaire à un maximum de monde. Vos clients et vos employés ne doivent pas se trouver encombrés de votre militantisme. A vous de décider. La conviction dans vos choix politiques est respectable mais un semblant de neutralité est plus pratique, dans l’exercice de la direction d’une entreprise.

Devenir soi-même

Le temps de lever la main pour demander la permission appartient au passé. L’école avait ses codes et votre vie y était somme toute balisée. Une fois votre projet d’entreprise lancé, tout votre entourage attend de vous que vous vous comportiez en leader, sûr de lui et capable d’inventer des solutions inédites à des problématiques originales. Votre décision de devenir entrepreneur implique que vous deveniez autonome et indépendant d’esprit.

Un statut d'ancien premier de la classe ne sert à rien

Se situer dans le haut du panier en tant qu’étudiant procure bien des satisfactions. Mais votre réputation d’élève ne franchira pas les portes de l’école où vous aurez connu un succès d’estime. Dans notre propos, s’agissant de s’installer à son compte, la donne est très différente. Dans une entreprise, votre valeur repose sur ce que vous pouvez apporter à la performance globale. Les business angels, les banquiers et autres investisseurs savent tous que le succès entrepreneurial repose davantage sur un sens pratique affirmé que sur la capacité à bachoter pour être fin prêt pour le jour d’un concours.

Seul le changement est constant

Vous avez choisi des études et, communément, vous-même et votre environnement social vous voyez cantonné dans tel ou tel métier, sur lequel votre cursus est censé déboucher. Or il arrive que le temps des études soit un révélateur de notre moi profond. Si vous êtes entrepreneur dans l’âme, soyez prêt à défendre le choix que vous pourriez faire d’entreprendre dans un domaine parfois assez éloigné des métiers auxquels votre formation semblait vous préparer. Un entrepreneur est toujours prêt à envisager et à défendre des paradoxes.