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Remettre la finance au service de l'économie

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J'avais été étonné, lorsque la crise des subprimes nous tomba dessus, en 2009, d'entendre des politiques, -dont le Président de la République de l'époque- avouer qu'il ne "savait pas quand ni comment en sortir".

On nous parlait d'un mal survenu inopinément. Aucun indicateur n'aurait été au rouge chez les analystes de l'économie mondiale et ... patatra, un séisme avait ravagé les 5 continents. La crise économique, dont nos entreprises affrontent les conséquences est parfois comparée au Crash économique de 1930. Si cette comparaison tient la route, les causes, les effets et les remèdes à y apporter font partie des manuels d'histoire et les responsables macro-économiques qui régulent la planète pourraient les relire.

En septembre 2009, quelques mois après la faillite de la banque américaine Lehman Brothers, j'écrivais ici-même ceci :

"D'ici quelques mois, quand, la confiance aura repris le dessus, quelles leçons nos édiles auront-elles tirées de la crise "sans précédent" que nous subissons ? Dans la réalité, alors qu'un discours moralisateur est tenu par les gouvernants, qu'est-ce qui changera vraiment dans nos banques, dans les grandes entreprises et dans les sphères politiques ? La politique d'image moralisatrices dont on nous abreuve : "Les banquiers à l'Elysée", "Kerviel chez ses juges", etc, sera t-elle accompagnée bientôt de règles nouvelles, visant à produire pour satisfaire les besoins de l'Homme plutôt qu'à rémunérer l'argent du capital ? Dès octobre 2008, Nicolas Sarkozy(1) déclarait qu'il "fallait remettre la finance au service de l'économie, et non l'inverse".

Ou en sommes-nous au début de 2019, de la définanciarisation de l'économie ?

Quelles règles ont-elles changé, à l'échelon français, européen et mondial, qui viennent modifier concrètement les excès ressentis par presque chacun de nous de la financiarisation de l'économie?
J'ai peur qu'il y en ait peu qui représentent un changement positif pour le commun des mortels.

A l'époque, j'écrivais aussi :

"Je suis comme soeur Anne : "j'attends de voir venir". Et si rien ne bouge, je m'attends à ce qu'un jour, une nouvelle crise économique, crise de confiance, crise de morale, nous prenne au dépourvu. Enfin au dépourvu ? Moralisation de l'économie, on vous l'a promis, on le fera ! "

Dix ans après, les banques ont restauré leurs marges (sur notre dos), les classes moyennes, dont les dirigeants de nombreuses entreprises, paient de plus en plus de taxes et cotisations (normal, que les prélèvement augmentent : ceux qui les paient règlent leur quote-part mais, en plus, aussi, celle de ceux qui, dégoûtés, refusent la confiscation, soit en trichant, soit en étant partis sous des cieux plus arrangeants.

Dans cette conjoncture, le mouvement des gilets jaunes pourraient représenter les prémices d'un mouvement identique à celui qui conduisit l'état grec à la faillite : lorsque les grecs ont, en masse, refusé d'alimenter les caisses de l'état, sans recettes suffisantes pour couvrir la dépense publique, la Grèce s"est trouvée en cessation de paiement. Depuis, ce pays vit grâce à l'argent qui lui est donné par les autres états de l'Union Européenne.

Qu'en sera-t-il si la France, et dans une moindre mesure, l'Italie (103 banques jugées fragiles dans la Botte  et un gouvernement populiste) essuyaient à leur tour une révolte fiscale ?

Ceux qui se sont donnés la peine d'analyser la Loi Sapin 2, votée juste avant le départ de François Hollande de l'Elysée, ne peuvent ignorer que nos hauts fonctionnaires et nos politiques ont envisagé sérieusement l'hypothèse d'un bank run, qui verrait les français retirer massivement leurs avoirs bancaires auprès des établissements de crédit, entrainant des effets similaires à ceux vécus lors de la faillite de Lehmann Brothers. Et on avait dit "Plus jamais cela ?"


1) lettre adressée par Nicolas Sarkozy aux Journées des Entrepreneurs - octobre 2008.





Commentaires

1. Le mercredi, 9 septembre 2009, 23:16 par Isabelle Prigent

Comme toi, je doute qu'on tire un jour les leçons de la crise actuelle et je pense que la "moralisation de l'économie" restera un bel idéal.
Cependant, je ne comprends pas le déchaînement actuel orchestré par les médias contre certains traders (car après tout, même en cette période de crise généralisée, ils ont fait gagner beaucoup d'argent à leur employeur, alors pourquoi ne seraient-ils pas remerciés ?) . Ne serait-ce pas un moyen de détourner notre attention ? Peut-être que pendant que certains se font - légitimement - récompenser sous les huées, d'autres - au bilan moins flattteur - se servent discrètement dans les caisses...

2. Le jeudi, 10 septembre 2009, 14:13 par Thierry Goemans

@Isabelle.
C'est tout juste évidemment, j'écris certains billets "avec mes tripes" plutôt qu'avec mes neurones. Mes craintes, ma volonté de stigmatiser le mal me poussent "à généraliser".

J'ai été jadis bénéficiaire de "bonus" (à la côte d'amour j'étais très souvent bien payé ;<).
Je me dis que ce système ne convient plus, aujourd'hui en raison de sa mauvaise image et du fait de l'opacité des critères d'attribution.
En outre, établir des échelons de bonus en fonction de performances, c'est admettre qu'un travail puisse être acceptable même s'il n'est pas parfait. Or dans une société morale, indépendamment d'un statut, salarié ou autre, c'est juste normal de faire son boulot "aux taquets".

J'ai lu ce matin la chronique de Philippe Bloch dans "Lentreprise"de septembre 2009. Exceptionnellement, je l'ajoute en document joint dans le corps principal de cet article.
3. Le jeudi, 10 septembre 2009, 15:33 par Thierry Goemans

"La différence entre l'homme politique et l'homme d'État est la suivante : le premier pense à la prochaine élection, le second à la prochaine génération".
James Freeman Clarke (1810-1888)

4. Le lundi, 21 septembre 2009, 19:28 par Luc

J'aime beaucoup cette citation que je trouve très pertinente.

Quant à cette crise elle a surtout rapporté énormément à ceux qui ont revendu leurs actions (ça s'appelle d'ailleurs 'prendre ses bénéfices') en septembre 2008, précipitant le mouvement général.

A l'origine l'actionnariat est là pour permettre à une entreprise de croitre et en retour cette dernière 'récompense' ses actionnaires pour leur confiance. Aujourd'hui l'actionnariat est essentiellement là pour apporter des bénéfices rapides et n'a plus aucune mission de soutien.

Le problème c'est qu'au bout de la chaine il y a toujours des salariés.

5. Le mardi, 22 septembre 2009, 21:05 par Thierry Goemans

@Luc,

La difficulté, dans le traitement d'un sujet grave, et qui tient les gorges chaudes dans le monde entier, c'est de ne pas pontifier ni de dire "tous pourris". Je regrette presque d'avoir usé d'une citation pour marquer les esprits. C'est un peu facile car il y a des citations pour ... tout et son contraire.

Cependant, la crise actuelle n'aura de solutions réelles que dans un consensus mondial sur des régles économiques respectueuses de l'Homme. Autant dire qu'on va avoir besoin d'hommes d'états.

Pour ceux qui voudraient faire un petit retour en arrière sur ce que je disais, sur le thème de la crise, en Decembre 2008, voyez ma newsletter de l'époque "Adjuvamus Mag". A relire ce que j'avais écrit à l'époque, je trouve que cet édito est vraiment révélateur de certaines de mes valeurs intrinsèques.

Je me retrouve aussi dans le récent édito de Claude Imbert dans Le Point du 17 septembre 2009 "Pourquoi le Spleen ?"